PASSÉES » Recueillir les histoires. Cristine Guinamand, Kamel Khélif et Sam Le Rol

Du 1er juin au 29 septembre 2019

Commissaire d’exposition
Alexia Volot

Lieu
Centre d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive
1 Place de l’abbaye
52160 Auberive
Haute-Marne
www.abbaye-auberive.com

Recueillir les histoires

Alexia Volot, 2019

Trois artistes aux techniques différentes, aux histoires différentes, avec une perception du monde différente, mais trois artistes qui chacun vous raconte une histoire. Cette année le centre d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive accueille des conteurs des mondes.


Cristine GUINAMAND appartient à la jeune génération des artistes qui sont retournés vers la matière et la figuration. Elle vous transporte dans des aller-retour d’intérieur/extérieur jouant à la fois sur l’architecture des lignes sur la toile et de la couleur. Elle vous laisse croire de prime abord que son œuvre est faite d’envolées du geste, de passion dévorante, de couleurs éclatantes.

Au contraire, elle est pensée, structurée, rien n’est dû au hasard. Dans un premier temps l’œil se perd dans ce jeu de couleurs savamment agencées, d’où il résulte une énergie vitale contagieuse. Ensuite viennent les lignes structurantes qui se renvoient les unes aux autres et mettent en abime ces couleurs qui vous avaient apparues d’abord tourbillonnantes. Puis arrivent les sujets à proprement parler…un oiseau surgit du ciel, un crapaud vous invite à regarder hors de la grotte, une figure humaine sort des enfers… ce qui avait apparu seulement énergisant prend de l’épaisseur en se mâtinant d’ombre, le sujet alors devient plus sombre et plus vrai.


Kamel KHELIF est un conteur de l’exil. Lui-même débarqué avec sa famille à Marseille de son Algérie natale à l’âge de 5 ans, il vécut d’abord dans les bidonvilles des quartiers nord de Marseille avant d’être logé dans les premiers HLM. Il habitera la Cité Bassens des quartiers nord pendant vingt années. Aujourd’hui, le très modeste deux pièces d’une rue proche de la Canebière est à la fois son domicile et son atelier.

Dessinateur industriel, puis animateur de quartier, il abandonna ces métiers pour se consacrer au dessin et à la peinture.

Dès lors son parcours artistique se manifeste par un regard socio-politique. Les parcours des êtres qu’il illustre sont marqués par le décalage. Ils n’appartiennent ni tout à fait à leur culture d’origine, ni tout à fait à celle qu’ils vivent au quotidien.

L’œuvre de Kamel Khélif révèle ce décalage. Les couleurs sourdes et douces, poétiques, accompagnent des histoires d’hommes et de femmes parfois cruelles. La finesse du trait d’encre de Chine, de son hachurage, posée sur des fonds en camaïeux de bruns et d’ors, entraine celui qui regarde dans une histoire silencieuse où souvent les personnages indifférents les uns aux autres accomplissent leur destin implacable.


Une partie de la collection du Galion, le plus « beau musée de coquillages », a accosté à l’abbaye d’Auberive à l’automne dernier et sera exposé dès cette année. L’histoire du Galion est indissociable de celle de son créateur Sam LE ROL et de son fils Alain qui perpétua l’œuvre de son père tant qu’il le put.

Cette aventure commença en 1965 avec la transformation d’une péniche désaffectée en Galion du 17ème siècle. Placée dans la baie du Bégo près de Plouharnel dans le Morbihan, elle devint dès 1973 un lieu de création pour Sam le Rol, ébéniste, qui constitua un véritable musée du coquillage fait de scènes hétéroclites évoquant les voyages imaginaires de ce créateur singulier.

Sam le Rol se trouve certainement à la croisée des univers de deux autres créateurs du coquillage, balançant selon les thèmes abordés entre le naturalisme de Youen Durand et le kitsch de Paul Amar.

Il raconte des fascinations populaires : tableaux sous-marins ; voyages exotiques chez les sultans, contes de fées, évocation du far west ou villages bretons anciens … Ceux-ci sont reconstitués en combinant carton et/ou contreplaqués recouverts de coquillages. La finesse du traitement, la volonté du créateur de donner vie avec des personnages (eux aussi faits d’assemblage de coquillages) combinent la précision d’un maquettiste et la poésie rêvée des créateurs singuliers plus connus comme le Facteur Cheval ou Isidore Picassiette.