LE PASSÉ AÉRONAUTIQUE

Adolphe Vuillemot est né en 1886 à Loremont en Gironde. On sait peu de choses de sa vie à part ce qu’il a bien voulu nous donner comme indices dans ses dessins. En effet Vuillemot n’est pas artiste de profession, il est ouvrier forgeron, ajusteur, mécanicien, « chaufeur », constructeur, « sporman » (sportman ?) … il est également de la classe 1906, marié et père de 5 enfants (3 garçons, 2 filles), patriote, citoyen, socialiste et même candidat à l’élection présidentielle !

Son œuvre appartient au courant « d’art brut », définit par Jean Dubuffet comme celui de ceux qui ne sont pas allés à l’école d’art : autodidactes, malades mentaux, ou encore prisonniers.

Il utilise des matériaux simples et accessibles à tous, papier Canson et crayons de couleurs. Pour autant, et même si on ne peut pas parler de perspective, son œuvre n’en reste pas moins construite et pensée. Il utilise des éléments d’architecture pour créer la grille de son dessin et y installe ensuite les sujets. La thématique du tableau est vouée à une nouvelle conquête de l’homme, l’aviation. On peut voir, se détachant sur ce fond des ballons, des dirigeables, et des avions en vol.

Adolphe Vuillemot. Sans Titre, circa 1920, crayons de couleurs sur papier, 45.8 x 64.5 cm. Photo Patrice Bouvier

Le choix des couleurs montre également une certaine maitrise. Trois couleurs dominent : l’ocre marron, le bleu et le noir. Et au premier plan, au centre, un grand biplan bimoteur dont la touche de violet sur les ailes lui donne une dynamique ; comme s’il prenait son envol du reste du tableau.

Mais d’où lui est venue cette inspiration ?

En 1909 a lieu au Grand Palais à Paris la première exposition internationale de locomotion aérienne. Créée par André Granet (gendre de Gustave Eiffel) et Robert Esnault-Pelterie (Ingénieur), elle est l’émanation du salon de l’automobile qui avait fait une petite place l’année précédente aux premiers spécimens.

Nous sommes au lendemain des premiers exploits aériens, comme la traversée de la Manche par Louis Blériot (alors qu’il ne sait pas nager !) … ce nouvel univers fascine, alors quel espace plus moderne que le Grand Palais construit pour l’Exposition Universelle de 1900 ? Un lieu grandiose et classique à l’extérieur pour s’insérer à l’architecture parisienne, innovant et technologique à l’intérieur, avec le métal et le verre. 

Au centre de l’exposition, sous les ballons dirigeables et les montgolfières, le Blériot XI (l’avion de l’exploit) trône sur une extrade. Le Président de le République, les ministres de la guerre, de la marine, des affaires étrangères, des travaux publics, du commerce, et la foule se déplacent et s’enthousiasment. De 1909 à 1951, le Grand Palais sera le lieu d’exposition des fleurons de l’aéronautique internationale.

Exposition Internationale de Locomotion Aérienne, Salon de l’Aviation, Grand Palais, Paris, 1909.

Vuillemot a-t-il eu l’occasion de visiter ces expositions ? A-t-il vu des photos dans le journal « l’illustration » ? Aucune certitude à ce sujet… Il semble tout de même que ce dessin soit un mélange de différentes sources iconographiques, car si l’ensemble rappelle la photo du salon de 1909, on sait que les biplans bimoteurs comme le Caudron G.4 ou le Farman F.50 seront d’abord développés comme bombardiers lors de la Première Guerre Mondiale puis comme premiers transports de passagers.

L’industrie aéronautique se créait un avenir…

Alexia Volot